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    Bibliographies, notes de lectures & exercices dédiés aux étudiants.
Éditeur: Presses Universitaires de Nancy
Pages: 328
Lieu: Nancy
Année: 2014

Notes de lecture

Écrit par Philippe Martin

Créé en 1997, l’Institut de recherche sur l’évolution de la Nation et de l’État (Irénée) s’est fait une spécialité de l’étude du phénomène étatique et de son substrat humain. Il regroupe les enseignants-chercheurs et doctorants en droit public et science politique des six composantes de l’Université de Lorraine. Ce volume est une contribution de doctorants.

La démarche est rigoureuse. Les cinq interventions qui forment la première partie s’interrogent sur les mots « laïcité » et « religion » qui sont totalement piégés. Le Conseil Constitutionnel, le droit international et les législations nationales (l’Espagne est ici donnée en exemple) n’accordent en effet pas la même définition aux termes. Ceux-ci se dérobent sans cesse et recouvrent des déclinaisons très diverses. La situation est d’autant plus complexe que les partis politiques utilisent, voire instrumentalisent, ces concepts, spécialement celui de « laïcité ». Un article est consacré aux partis de droite, un autre au Npa (Nouveau parti anticapitaliste) ; tous les deux parlant clairement d’une « offre partisane » donc d’une relecture des expressions afin d’obtenir des résultats électoraux.

Face à cette impossibilité de se mettre d’accord sur des définitions admises par tous, la naissance de zones de frictions est inévitable. C’est le sujet de la seconde partie du volume. Deux articles présentent des cas précis où le principe de laïcité « à la française » est confronté aux réalités de la vie : les manifestations extériorisées d’une appartenance religieuse ; les dispenses d’assiduité pour motifs confessionnels. Les auteurs avancent leurs arguments avec une grande prudence. À les lire, on peut se poser légitimement deux questions : un droit commun existe mais la société souhaite-t-elle l’appliquer ? Le temps est-il encore à la conciliation ? La situation est encore plus complexe si on prend en compte la diversité des droits. Le cas des trois départements concordataires d’Alsace-Moselle permet de mesurer l’importance des variations au cœur de la France.

Les trois articles suivants ouvrent l’horizon en quittant la situation nationale. Le premier se penche sur la manière dont la position de l’Union européenne face aux religions a évolué depuis près de quarante ans. Associés au droit français, les principes européens peuvent être utilisés pour défendre le principe de laïcité. Notre continent semble donc à l’abri de dérives. Le constat est radicalement différent si l’observateur traverse la Méditerranée. En Afrique Noire francophone, la « laïcité » apparaît comme une importation française, un concept purement formel. D’ailleurs les constitutions des pays arabes, présentées dans un article, n’y font pas référence.

Ce volume incite à relativiser : relativiser le consensus qui existerait parce que tout le monde utilise les mêmes termes ; relativiser le modèle français qui se présente, trop souvent, comme une laïcité pure de toute tache ; enfin, relativiser la pertinence de ces questions quand on interroge la situation mondiale.