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    Bibliographies, notes de lectures & exercices dédiés aux étudiants.
Éditeur: Presses Universitaires de Strasbourg
Pages: 582
Lieu: Strasbourg
Année: 2014

Notes de lecture

Écrit par Philippe Martin

On connait la riche carrière de Francis Messner : chercheur spécialisé dans le droit comparé des religions, le droit français des religions et les sciences du religieux ; directeur d’équipes dont le Sdre (Société, Droit et Religion en Europe) et Prisme ; enseignant à Strasbourg où il a créé deux masters ; expert pour le ministère de la Justice, le ministère de l’Intérieur, le ministre de l’Éducation, la Halde (Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Égalité)… ; responsable de collections éditoriales ; auteur ou coordonnateur de dix-sept ouvrages ; participants à huit rapports d’expertise… Un volume en son honneur s’imposait. Il reflète les champs d’activité de son récipiendaire ; les articles sont en effet regroupés en trois parties : droit et religion ; droit canonique ; relations Églises-États. Il ne s’agit pas uniquement d’un bouquet d’hommages mais d’un point sur l’actualité de questions dont les événements récents nous ont rappelé l’importance. Il est impossible de rendre la richesse des trente contributions ; qu’il nous soit permis de mettre en évidence quatre points forts de ce livre.

Les articles insistent remarquablement bien sur les lieux où les questions religieuses deviennent sources de frictions, voire de conflits. Ce sont ces moments qu’on voudrait ceux du vivre ensemble : le monde du travail ; le voisinage ; l’univers des soins ; le couple ; le devenir du corps… Le néophyte découvrira que la législation française aligne près de 200 textes sur la question religieuse. Alors qu’un discours très démagogique insiste sur la création de nouveaux textes, les auteurs de ce volume expliquent que le soft law est sans doute l’attitude la plus sage.

Ils nous contraignent également à repenser ce qui ressemble trop souvent à un discours simpliste. S’il est régulièrement question en France de la formation des imams, cet ouvrage discute de la place de l’Islam dans les universités ou son influence dans le droit. Loin de demeurer accrochés sur cette religion, comme le font si souvent les journalistes, les articles abordent également la présence hindoue en France ou la conception judaïque du droit. Ils rompent encore avec un discours uniformisateur qui veut faire de la France la mère d’une laïcité de combat ; ils présentent ainsi la diversité nationale en se penchant sur le cas de l’Alsace-Moselle.

Le troisième apport de ce volume est de nous rappeler que l’Église n’est jamais restée enfermée dans ses propres certitudes, qu’elle a toujours développé un discours vis-à-vis de la société. Sont, par exemple, abordés l’empereur Constantin le Grand ou les réactions à la loi de 1905. Plus récemment, ce sont les textes de la Doctrine Sociale de l’Église (catholique), la lutte contre les activités financières illégales, la gestion des biens de l’Église… Le discours de Benoît xvi qui revendique le principe de « démondanisation » tend cependant à recentrer l’avenir de la religion vers la spiritualité.

Le quatrième grand apport est d’ouvrir le débat. Trop souvent, le monde français demeure dans un entre-soi de mauvais aloi. Les auteurs insistent sur l’obligation de regarder ailleurs. D’abord en prenant en compte l’environnement européen puisque la jurisprudence de la cour européenne des droits de l’homme est importante. Puis en incitant à mieux connaître les expériences étrangères. Quelques exemples sont proposés : Turquie, Hongrie, Espagne…

Cet ouvrage est une lecture salutaire en une période où le religieux est au cœur des débats sociaux. En près de six cent pages, il instruit du droit, du droit canon, de sociologie… Le point commun à ces articles est de refuser la facilité du discours véhiculé, hâtivement par des médias ou des leaders d’opinion plus fascinés par la formule facile que par la réflexion sur le temps et l’espace longs. L’ouvrage proposé n’est pas un assemblage d’hommages. C’est une occasion de sortir des a priori et des faux semblants.